Le Conseil communal approuve le cheminement entre la Becque et le Portail-Blanc et la levée des oppositions
C’est une étape majeure pour l’avenir des rives de La Tour-de-Peilz. Ce 9 septembre 2026, le Conseil communal a approuvé à une très forte majorité le préavis municipal n° 13/2026 consacré au projet de création d’un cheminement piétonnier le long des rives du lac, entre les Bains de la Becque et le chemin du « Portail-Blanc ».
Ce nouveau projet ne se limite pas à créer un chemin au bord du lac. Dans sa nouvelle version, la Municipalité a profondément revu le dossier en y intégrant un important volet de renaturation et de revitalisation de la rive lacustre.
Plan de situation des rives du lac entre les Bains de la Becque et le Portail-Blanc. Le projet vise à rendre ce secteur accessible à pied tout en renforçant ses qualités naturelles. (Source: Préavis 13/2026)
Un projet qui remonte à l’initiative populaire de 2010
Le projet s’inscrit dans la volonté populaire exprimée lors de l’acceptation de l’initiative de 2010 en faveur d’un cheminement le long des rives de La Tour-de-Peilz.
Mais le dossier a connu un parcours mouvementé. La première version du projet avait notamment fait l’objet d’un arrêt de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal en mars 2023. À la suite de cet arrêt, les services de l’État de Vaud ont demandé à la Municipalité de procéder à un nouvel examen préalable et à une nouvelle mise à l’enquête. La Municipalité a alors choisi de reprendre la procédure depuis le début et d’apporter des améliorations substantielles au projet. Parmi celles-ci : l’intégration d’un véritable projet de renaturation de la rive lacustre.
Le nouveau projet a été soumis à l’enquête publique du 26 novembre au 25 décembre 2025. Il a suscité 18 oppositions et une observation. Les séances de conciliation organisées avec les opposants ont permis le retrait de deux oppositions ; deux autres ont été fusionnées, laissant quinze oppositions à traiter dans la procédure présentée au Conseil communal.
Deux projets intimement liés
Sur le plan juridique, le dossier comprend en réalité deux volets :
- la création du cheminement piétonnier, soumise à la procédure de la Loi sur les routes ;
- la renaturation et revitalisation de la rive, soumise à la Loi sur la police des eaux dépendant du domaine public.
Les deux projets ont été élaborés et mis à l’enquête de manière coordonnée. Et ils sont étroitement liés : en l’état actuel du dossier, si le projet de cheminement n’entre pas en force, la Municipalité indique qu’elle abandonnera également le projet de renaturation.
Une rive aujourd’hui très artificialisée qui va retrouver des espaces naturels
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants du projet.
La rive concernée est aujourd’hui largement artificialisée. Le projet prévoit de lui redonner une véritable fonction écologique, avec notamment :
- une nouvelle roselière lacustre ;
- une diversification des habitats ;
- une amélioration de l’écomorphologie du littoral ;
- des îlots destinés à favoriser la flore, les poissons et les oiseaux ;
- des plantations prolongeant les cordons boisés existants ;
- des troncs d’arbres morts créant de nouveaux habitats aquatiques ;
- des murets en pierre sèche favorables à la faune et à la flore des milieux secs et rocailleux.
Le projet s’inscrit ainsi dans les stratégies fédérales et cantonales de revitalisation des rives et pourra bénéficier d’un subventionnement important de la Confédération et du Canton.
Une passerelle pour protéger la couleuvre vipérine
L’un des éléments les plus intéressants du projet sera la passerelle prévue entre les Bains de la Becque et le port privé de la Becque.
Cette structure métallique avec platelage en bois sera construite sur des pieux directement fondés dans la roche. Elle sera légèrement déportée de la rive afin notamment de protéger le milieu de vie de la couleuvre vipérine, une espèce menacée, située au pied du mur privé des parcelles 333 et 334. Des aménagements de renaturation, notamment sous la forme de pierriers, compléteront le dispositif.
Cette passerelle est prévue entre les Bains de la Becque et le port privé de la Becque. La structure, légèrement déportée de la rive, vise notamment à préserver le milieu de vie de la couleuvre vipérine. (Source: préavis 13/2026)
La passerelle sera volontairement discrète : elle se situera à faible hauteur par rapport au niveau normal du lac et ne comportera qu’une seule main-courante afin de limiter son impact paysager.
Deux échelles permettront par ailleurs de remonter sur le cheminement en cas de chute. Le préavis souligne toutefois que, par fortes vagues ou en cas de crue, l’accès pourra être difficile, voire fermé.
Le passage du port privé de la Becque
Le parcours ne contournera pas le port privé de la Becque. Le projet prévoit au contraire d’utiliser les infrastructures existantes, notamment le quai.
Une ouverture sera créée dans la digue afin de permettre le passage depuis la passerelle vers l’intérieur du port. Deux marches compenseront la différence de niveau. Cette ouverture sera équipée d’un portillon en acier inoxydable à fermeture automatique, notamment pour assurer la sécurité des installations portuaires lors des tempêtes.
À l’intérieur du port, le cheminement sera situé au plus près du mur de soutènement de la parcelle 334 afin de limiter les désagréments pour les riverains.
Plan du secteur du port privé de la Becque et des aménagements prévus pour assurer la continuité du cheminement.
Une nouvelle roselière au cœur du projet
Entre le port privé de la Becque et le chemin de la Becque, la profondeur du lac permet une intervention de renaturation particulièrement importante : la création d’une roselière.
Des îlots de protection joueront le rôle de petites digues afin de protéger la roselière des vagues du large. Des passages entre ces îlots permettront néanmoins à l’eau de circuler à l’intérieur de la roselière.
Le cheminement sera aménagé derrière celle-ci, au pied des murs existants. Il sera réalisé sur des enrochements plats et sa largeur sera volontairement limitée, avec seulement quelques endroits permettant le croisement des usagers.
Ce choix a également un objectif écologique : éviter que les promeneurs ne s’arrêtent trop longtemps sur le parcours et limiter ainsi leur impact sur la faune qui fréquentera la roselière.
Extrait du plan de la future roselière entre le port privé de la Becque et le chemin de la Becque.
Coupe de principe de la roselière et du cheminement piétonnier.
Du chemin de la Becque au Portail-Blanc
Sur le dernier secteur, entre le chemin de la Becque et le chemin du Portail-Blanc, le principe reste similaire : un cheminement léger, réalisé sur des enrochements plats, avec une largeur minimale d’environ 1,20 mètre et des points de croisement ponctuels.
Le niveau du chemin sera adapté aux installations nautiques privées existantes afin de permettre leur maintien.
Le parcours rejoindra ensuite la petite grève existante située sous la parcelle n° 445. Celle-ci sera agrandie dans le cadre des travaux de renaturation.
Enfin, le passage existant entre cette grève et le DP 1045 sera conservé. Une redistribution des enrochements permettra d’améliorer les conditions de passage.
[IMAGE 6 – À INSÉRER ICI]
Le secteur entre le chemin de la Becque et le Portail-Blanc : un cheminement léger intégré aux nouveaux aménagements de la rive.
Des îlots, des arbres morts et des pierres sèches
Sur ce dernier tronçon, la renaturation sera également particulièrement diversifiée.
Le projet prévoit la création d’îlots au large, qui permettront le développement d’une flore spécifique et offriront de nouveaux milieux à différentes espèces de poissons et d’oiseaux.
Des caissons de plantation prolongeront les cordons boisés présents à terre. Des troncs d’arbres morts seront installés entre le cheminement et le lac, maintenus par des blocs d’enrochement et des câbles. Ils constitueront notamment de nouveaux habitats pour les poissons.
Enfin, des murets en pierre sèche seront construits contre les murs privés afin de créer des conditions favorables aux espèces associées aux milieux secs et rocailleux.
Un sentier, pas une promenade accessible à tous
Un point mérite d’être clairement souligné : le futur cheminement ne sera pas un parcours accessible aux personnes à mobilité réduite. La Municipalité précise qu’il est conçu dans l’esprit de l’initiative de 2010 et du matériel de vote de l’époque, comme un aménagement léger assimilable à un sentier de randonnée.
Le parcours comportera notamment des enrochements non jointoyés, des passages sur des grèves caillouteuses naturelles et des marches d’escaliers. Il sera également exposé à certains dangers naturels, notamment aux vagues, à la submersion et, en hiver, au gel des embruns lacustres.
Une signalétique renforcée aux différents accès devra informer les usagers de la nature du parcours et des risques associés. Le préavis compare à cet égard le futur cheminement à celui des Gorges du Chauderon à Montreux, en raison de son caractère de sentier de randonnée exposé à des dangers naturels.
Un premier tronçon avant la suite vers la Maladaire
Le projet approuvé concerne exclusivement le tronçon ouest, entre les Bains de la Becque et le Portail-Blanc.
Mais ce n’est pas la fin du projet de cheminement riverain à La Tour-de-Peilz.
La Municipalité précise que les études concernant le tronçon est, entre le Portail-Blanc et la plage de la Maladaire, seront engagées ultérieurement.
Le Conseil communal dit oui
Avec l’approbation du préavis municipal n° 13/2026 à une très forte majorité, le Conseil communal vient donc de donner son feu vert à cette nouvelle version du projet ce 9 septembre 2026.
Cette décision ne signifie pas encore que les travaux peuvent immédiatement commencer : dans le cadre de la procédure relative au cheminement, le projet doit encore être soumis à l’autorité cantonale compétente pour son approbation définitive et la levée des oppositions. Des recours au CDAP ou même au Tribunal fédéral sont à attendre, même si leurs chances de réussite semblent faibles vu les lois nationaux et cantonaux clairs au sujet de l’accessibilité publique des rives du lac et la jurisprudence récente.
Après des années de discussions et de procédures, La Tour-de-Peilz se rapproche ainsi de la réalisation d’un projet qui pourrait profondément transformer cette partie de son littoral : un chemin au bord du lac, mais aussi une rive plus naturelle, plus diversifiée et plus accueillante pour la biodiversité.
Et, au-delà de ce premier tronçon, une perspective se dessine déjà : poursuivre à terme le cheminement vers la plage de la Maladaire.




